A propos des "Pièces jointes"

Ces "Pièces jointes" sont un complément au blog 1914-1918 : une correspondance de guerre où sont publiées les lettres échangées pendant la Première guerre mondiale entre Jean Médard et les siens, en particulier avec sa mère, Mathilde. (Pour toutes les informations sur Jean Médard, se reporter au blog de base).
On trouvera ici un article sur tous les amis ou camarades morts dont Jean évoque le souvenir. Pour chacun :
- sa fiche de "Mort pour la France" avec sa transcription (en bleu) ; toutes ces fiches proviennent du site Mémoire des hommes ;
- tous les textes de la correspondance et des mémoires de Jean Médard le concernant (en italiques) ;
- dans la mesure du possible, une notice biographique (dans un encadré).
Merci d'avance à tous ceux qui pourraient me communiquer des informations me permettant d'étoffer certains articles. (Mon adresse est dans le blog de base, sous l'onglet A propos du blog.)
Les articles sont publiés dans l'ordre des décès, les morts les plus anciens se trouvent donc en bas de la liste. Pour faciliter d'éventuelles recherches, vous trouverez sous la rubrique "INDEX" une liste alphabétique, avec un lien vers chaque article.

NB - Cette liste des "Morts pour la France" évoqués par Jean Médard est en cours de constitution. N'y figurent pour le moment que ceux morts avant 1918 (ou dont le nom n'est mentionné qu'avant 1918 dans les textes de Jean). Les notices consacrées aux morts de 1917 sont en cours de mise en ligne.

samedi 27 juin 2015

Pierre BENOÎT (1887-1915)


BENOIT
Pierre Alex*
Médecin Aide Major
12ème bataillon de chasseurs
Classe : 1907
Recrutement : Montpellier
Mort pour la France le 2 octobre 1915
à Gérardmer (Vosges)
des blessures contractées en service
Né le 12 mars 1887
à Cette [Sète] (Hérault)


* Axel, en fait, prénom de son oncle (et, je suppose, parrain) Axel Busck, armateur suédois à Marseille.
 
      Pierre est toujours en pleine action, pas de répit depuis un mois il ne s’est pas déshabillé.
(Mathilde à son fils – 29 mars 1915) 

Ces belles journées de convalescence et de vie familiale sont assombries par de tristes nouvelles : celle de la mort de Maurice Beau aux Dardanelles, celle de la blessure de Pierre Benoît dans les Vosges au début de Septembre.
(Mémoires de Jean Médard) 

4 sept 1915
Mon cher Jean
Me voici à mon tour au fond d’un lit avec un éclat d’obus dans le genou. Cela m’est arrivé au Linge il y a 4 jours. On m’a opéré avant-hier et j’ai depuis lors la jambe dans une gouttière. J’espère que tout marchera bien mais je ne me dissimule pas qu’il y a de grandes chances pour que je garde de la raideur de la jambe.
J’ai une mauvaise nouvelle à t’apprendre c’est la mort de Benoit aspirant au 12e  qui a été tué dans sa tranchée  il était de l’A de Lyon et m’avait dit avoir été avec toi au camp de vacances un chic type qui disparait. Je suis à l’hôtel du Lac à Gérardmer.
Bien des choses à tous les tiens
à toi
Pierre
(Pierre Benoît à Jean – 4 septembre 1915)

Gérardmer, le 24/9
Ma chérie, je pense qu’il te tarde d’avoir des nouvelles de l’opération de notre chéri et n’ayant pu le faire hier soir, je le fais vite aujourd’hui. Ns avons passé 2 heures d’angoisse bien grande, on est venu prendre notre pauvre garçon après 11 h. et on ne l’a rapporté qu’à 1 h moins le ¼ ; ce qui fait que cela a été si long, c’est qu’on l’a platré, qu’une première fois c’était trop petit et qu’il a fallu recommencer et laisser sécher ; ms ns qui ne le savions pas, c’était bien long !! On a drainé l’abcès inter osseux ce qui explique la hausse de température et c’était urgent de faire cette opération ! cela suffira-t-il ? les majors ne peuvent encore se prononcer : oh cette attente et cette angoisse, quand Dieu permettra-t-Il qu’elle soit écarté ! Le pauvre a atrocement souffert pdt 2 heures et puis les gémissements ont cessé, les crampes aussi et la nuit a été calme grâce à une piqure de morphine. C’est Laure [la sœur de Pierre] qui l’a veillé, elle le veille encore ce soir et ils en sont tous deux bien heureux.
Aujourd’hui il est assommé par tout l’éther qu’il a absorbé, bcp plus que hier aussi le pauvre n’a pas de la joie qu’il aurait eu s’il avait été mieux ; ce soir à 5 h, le colonel est venu le décorer à nouveau et lui apporter la croix de la légion d’honneur et une autre avec palme. Il l’a lui épinglé sur la poitrine et l’a embrassé en lui disant que cette croix si glorieusement gagnée aiderait à le remettre bien vite. Jamais je crois ns ne saurons tout ce qu’il a fait notre Gros [?], il ne ns avait même pas dit qu’il avait eu 2 citations à la brigade et 2 à l’armée. Ses amis disent qu’il a été admirable de courage et de dévouement, jusqu’à prendre à des moments très durs le commandement de sections privées de leur chef. Et maintenant après cette vie si active, si belle, le voilà cloué pr des mois peut être ds son lit ; mais si je le plains le pauvre de toute mon âme, je bénis Dieu de me l’avoir ramené, et je Lui demande ardemment de permettre que tout aille bien maintenant. C’est la température qui va de nouveau être notre angoisse journalière, ah ! si elle pouvait baisser ; quelle reconnaissance et quelles prières d’actions de grâce je ferai monter vers Celui qui peut tout !
Tu seras bien gentille de faire passer cette lettre à Jenny [Jenny Scheydt, une cousine], quand j’écris à l’une c’est pr les deux. Ds 2 jours je lui écrirai à elle ; embrasse la bien pour moi.
Tu sais par expérience ce que c’est que cette correspondance, de tous côtés on m’écrit et je veux répondre un peu à tout le monde. Laure m’aide bien, ms ns ne laissons jamais Pierre seul. J’espère le pauvre arrivera à dormir cette nuit, depuis 20 jours il n’a pu ainsi dire par dormir et depuis son opération pas du tout. Oh ! comme son père serait heureux et comme je le plains en ce moment encore plus, alors qu’il ferait si bon être réunis ! ms Dieu permet peut-être que nos bien-aimés partagent nos joies !
J’espère que tu vas bien et tous les chers tiens aussi ; si vous lui écrivez à notre Grand vs pouvez parler de son opération, ms ne faites aucune allusion à ce que l’on peut craindre encore. Je te laisse maintenant, j’ajouterai un mot demain pr donner des nouvelles de la nuit.
Chaudes tendresses à vous tous
Ta vieille Anna
(Anna Benoît à Mathilde - 4 septembre 1915) 

Jenny […] est montée ici me dire que les Bouscaren avait téléphoné pr ns prévenir de l’aggravation du mal chez Pierre. […] Ns avons eu hier Yvonne [Yvonne Bouscaren, l’épouse de Lucien Benoît, le frère aîné de Pierre] qui ne sait pas plus. Du reste la carte que je t’adresse et que tu as reçue Dimanche te dira tout ce que ns savons. Je ne sais où écrire. Je n’ai fait encore que télégraphier. Ces dames [la mère et les sœurs de Pierre] sont-elles encore à Gérardmer ou à Nancy. Tu devrais écrire à Nancy. Hugo me dit qu’il avait toujours été pensable que Pierre ne pourrait supporter l’amputation. Seuls les hommes très sains, qui n’ont fait aucun excès se remettent ! et puis on l’a faite trop tard. Je suis toute désemparée, je ne puis réaliser.
(Mathilde à Jean – 5 octobre 1915) 

J’ai déjeuné Lundi chez les Bolgert. […] Ils m’ont appris une triste nouvelle que tu connais surement, l’amputation de la jambe de Pierre. Donne-moi des détails lorsque tu les auras.
(Jean à sa mère – 6 octobre 1915) 

Pierre devait mourir à son tour un mois plus tard [le 2 octobre] dans un hôpital de Gérardmer, où sa mère et ses sœurs étaient venues le rejoindre. La mort de ces deux cousins [Pierre Benoît et Maurice Beau], auxquels j’étais très attaché, celle de tant d’autres, le souvenir des heures très dures passées aux Éparges et à l’hôpital, tout cela pèse sur moi. J’aime la vie et je vais avoir à affronter de nouveau les menaces précises et renouvelées de la mort. Pourtant je ne supporterai pas longtemps la vie de l’arrière, où l’on ne parle décidemment pas le même langage  que nous, où l’on ne comprend pas, où l’on s’installe dans l’existence comme s’il n’y avait pas la guerre. Je relis souvent Job dont les protestations et les questions angoissées correspondent assez bien à mon état spirituel.
(Mémoires de Jean Médard)   

J’ai appris hier par une lettre d’oncle Fernand [Leenhardt] la mort de Pierre. Pauvre tante Anna. Rien ne lui est épargné ; je me demande comment elle a supporté ce coup, elle dont la santé était déjà si éprouvée et qui se faisait tant d’illusions sur l’état de son fils. Les Bolgert m’avaient donné de mauvaises nouvelles, mais j’étais loin de m’attendre à ce dénouement-là. Pour nous aussi c’est un vide. Il nous aimait et nous le lui rendions bien. Je souffre de ne pouvoir parler de lui à personne.
(Jean à sa mère – 8 octobre 1915)  

Tante Anna […] est arrivée ce matin à 4 h 44 et j’ai fait diligence pour aller à la gare. J’ai été bien perplexe, par exemple. Elle avait prié Mathilde de ne dire à personne qu’elle arrivait, elle ne voulait voir qui que ce soit à la gare. Je me demandais si cet arrêt me concernait, et j’ai fini par passer outre. Je l’ai trouvée stoïque elle et ses filles, toutes souriantes Lucien arrivait en même temps pr sa permission de huit jours. Cela coïncidait à merveille.
            Je les ai devancés chez eux et là il y a eu un peu d’émotion. Elles m’ont lu les discours admirables prononcés sur sa tombe. Celui du colonel est remarquable et je le copierai pr te l’envoyer. Ce cher Pierre était adoré de tous et ses chefs et ses soldats l’ont pleuré à l’égal des siens. Dans un délire il demandait sa croix et la lançait comme un enfant.
            Ta tante demeure sans regrets. Seule l’amputation faite au moment même eut peut être sauvé mais il n’aurait pas donné sa jambe alors que rien ne laissait prévoir la catastrophe. C’est un tout petit éclat empoisonné sans doute qui a empoisonné le sang. On a d’abord enlevé l’éclat et l’étoffe qui avait pénétré, la peine est demeurée. On a fait une autre opération on a scié le tibia rétrécissant ainsi la jambe, puis on a amputé, jamais la peine n’a cédé un seul jour. Mais lui n’a jamais montré qu’il voyait l’issue venir. L’avant-veille il a prtant dit à son ami : Je crois que je me décolle et puis à sa sœur qui le veillait. Tu es si triste, tu as pleuré ? et il s’est endormi comme un petit enfant.
            Je suis sous cette impression si poignante je ne puis parler d’autre chose et j’ai tort tu n’as pas besoin de ces tristesses.
(Mathilde à Jean – 19 octobre 1915) 

Source : archives départementales de l'Hérault. Fiche matricule de Pierre Benoît
Merci à Alain Stocky qui m'a envoyé le lien.


   Condensé d’un texte écrit par Gilles Morlock* . 

 
Axel Pierre Benoît naît le 12 mars 1887 à Sète (Hérault). Issu d'une famille comportant plusieurs pasteurs de l'église réformée, dont son grand père[1],  il est le fils de Victor Benoît, et d'Anne-Marie (Anna) Bertrand. Il est le troisième de leurs quatre enfants. Il a un frère et deux sœurs.  La vie familiale est évoquée dans les mémoires de Jean Médard, cousin germain de Pierre Benoît[2] : « Les Victor Benoît étaient aussi pour nous une seconde famille. Ils habitaient au troisième étage d'une maison qui dominait l'Esplanade et leur maison était un peu la nôtre. Il ne se passait pas de semaine sans que nous prenions un ou plusieurs repas chez eux. Lui était directeur à Sète de la banque Castelnau. Elle, Alsacienne d'origine, ayant perdu ses parents très jeune avait adopté la famille de son mari et avait été adoptée par elle sans réserve. Elle régentait totalement son foyer, me semble-t-il, et passablement le nôtre. Ma mère était très sensible à l'opinion de "tante Anna" […] Lucien, le fils aîné, était celui de leurs quatre enfants avec lequel nous avions le moins de rapports. Plus âgé que moi d'une dizaine d'années, préparant les grandes écoles ou élève de Polytechnique, il était rarement à Sète. Par contre les autres étaient pour nous des frères et des sœurs; moins Laure, déjà une jeune fille, et qui fut quelque temps en pension en Suisse, mais certainement Pierre qui était de cinq ans mon aîné, un certain temps au Collège en même temps que moi, et surtout Madeleine, ma contemporaine».
 
Le docteur Pierre Benoît, médecin de marine
(Coll. H. Fillet)

Pierre Benoît passe son baccalauréat en 1904 à Montpellier, puis son certificat PCN le 4 juillet 1905. Il s’inscrit à la faculté de médecine en octobre 1905 et soutient sa thèse le 24 juillet 1912.
Parallèlement, il suit les périodes d'instruction militaire habituelles. Il est ainsi promu médecin aide major de 2ème classe de réserve le 3 octobre 1913[3].
Il devient ensuite médecin de marine marchande au service de la Compagnie des Messageries Maritimes. Il navigue à bord du paquebot Danube, puis à bord du paquebot Pacifique qui assure la liaison Sydney-Nouméa[4]. Pour cette raison, il établit sa résidence à Sydney le 12 juin 1914.

La guerre éclate alors qu'il est en Australie où l'ordre de mobilisation lui parvient. Le capitaine en second du Pacifique témoigne dans une lettre à sa mère[5] : «…votre cher Pierre était à bord le camarade de tous. Nous l'avons vu partir avec regret, nous avons accompagné à la gare ce brave qui voulait faire son devoir à tout prix et qui nous disait même : « Eh bien! Que dirait ma mère si je ne partais pas!» Voilà Madame, l'une des dernières phrases de ce noble cœur que j'ai pu entendre avant son départ d'Australie.»
 
A peine débarqué, alors qu'il est affecté à Montpellier, il demande l'attribution d'un poste sur le front, et rejoint le 12ème bataillon de chasseurs alpins le 3 octobre 1914.
Le bataillon est alors en position dans les Vosges, dans la région de Munster, sur les pentes surplombant Sulzern[6]. Le 19 février 1915, une violente attaque ennemie est déclenchée[7]. Lors de ces journées, Pierre Benoît, sous un feu violent de mitrailleuses, est allé chercher et a ramené son chef de bataillon, le commandant Martin, grièvement blessé. Son comportement lui vaut une première citation le 19 mars 1915, à l'ordre de la brigade pour «belle conduite pendant les journées des 19, 20, 21, 22 et 23 février 1915».
Le 30 juillet, le 12ème bataillon relève le 11ème en vue de l'attaque sur le Barrenkopf. L'attaque est déclenchée le 31 juillet, et permet d'enlever la position. La tranchée prise est retournée et la position organisée. Le bataillon doit repousser de nombreuses attaques acharnées pendant plusieurs jours dans des conditions particulièrement pénibles[8].  Pierre Benoît obtient une nouvelle citation, à l'ordre de l'armée : «Médecin d'un immense dévouement et d'un très grand courage. A assuré son service sous un bombardement continuel et violent».
Le bataillon est relevé le 12 août pour aller au repos au camp d'Haeslen jusqu'au 19 août. Il est alors placé dans le secteur du Linge. Le 31 août commence un bombardement d'une violente intensité comportant des obus suffocants. C'est au cours de ce bombardement, alors qu'il se consacre aux chasseurs blessés, que Pierre Benoît est atteint d'un éclat d'obus au genou. Il est évacué sur l'hôpital complémentaire d'armée de Gérardmer. Sa conduite lui vaut une nouvelle palme à sa croix de guerre et la croix de chevalier de la Légion d'honneur avec la proposition suivante : « A fait preuve depuis le début de la campagne du plus grand dévouement et du plus remarquable mépris du danger. Aux combats de 1915 est allé chercher et a ramené sous un feu violent de mitrailleuses son commandant de bataillon grièvement blessé. Pendant toute la durée des combats du 1er août, a assuré avec un inlassable dévouement et sous un feu meurtrier le service d’un refuge de blessés à proximité immédiate de la ligne de feu. Le 31 août a été grièvement blessé en prodiguant des soins à des blessés au cours d’un bombardement violent, et alors que son abri était rendu intenable par suite des émanations et des obus suffocants. A été proposé deux fois pour une citation à l'ordre de l'armée. A été cité à l'ordre de la brigade.»

Malgré les soins reçus et une amputation au niveau de la cuisse, son état s’aggrave subitement. Pierre Benoît meurt le 2 octobre 1915, à l'âge de 28 ans. Jean Médard l'évoque dans ses mémoires : «Pierre devait mourir à son tour un mois plus tard dans un hôpital de Gérardmer, où sa mère et ses sœurs étaient venues le rejoindre.»[9] Un avis de décès est publié dans le journal L'éclair du midi du 10 octobre 1915.


Pierre Benoît est inhumé initialement au cimetière communal de Gérardmer, puis réinhumé dans le caveau familial, au cimetière marin de Sète, sa ville natale, face à la mer qu'il avait tant sillonnée.
L‘historique du 12ème bataillon de chasseurs alpins évoque sa mémoire : « Le docteur Pierre Benoît était revenu d’Australie à la déclaration de guerre, il nous était arrivé en octobre. D’une constitution physique superbe, praticien consommé, sportif et artiste, il avait, au cours de ses voyages, su apprécier toutes les douceurs de l’existence qui semblait l’avoir traité jusqu’ici en enfant gâté et, partant, nul plus que lui n’avait un mépris aussi absolu du danger. Souvent, il s’était risqué à accompagner nos patrouilles en avant des lignes de Sulzern et, malgré sa haute taille, les balles jusque-là l’épargnèrent. Au Barrenkof, il fut inlassablement en première ligne et relevait nos blessés si nombreux. Il y fut touché au genou par un léger éclat d’obus ; une amputation suivit et, après une douloureuse agonie, il succombait à l’hôpital de Gérardmer. »[10]
 
Cargo Docteur Pierre Benoît
          En mai 1917, le conseil d'administration de la compagnie des messageries maritimes décide d'honorer sa mémoire, comme l'indique la lettre adressée à madame Victor Benoît[11] «…mes collègues et moi avons pensé que la fin héroïque de votre fils, mort des suites d'une blessure reçue en Alsace, après avoir été cité trois fois à l'ordre de la Brigade, deux fois à l'ordre de l'Armée et décoré de la Croix de Guerre et de la Légion d'Honneur, méritait particulièrement d'être commémorée ; un navire destiné à la Compagnie des Messageries Maritimes et actuellement en construction portera donc le nom de «DOCTEUR PIERRE BENOÎT». En rendant cet hommage public à un membre de notre personnel qui s'est particulièrement distingué au cours de cette guerre mondiale, nous avons entendu consacrer et garder fidèlement sa mémoire. Nous avons voulu aussi que, dans tous les ports que ce navire visitera, son nom rappelle le souvenir de l'un des nôtres qui a fait héroïquement le sacrifice de sa vie.» Le cargo «Docteur Pierre Benoît» est lancé en mai 1918, affecté à la desserte de l'Inde, de l'Afrique du Nord et du Levant, puis sur la ligne commerciale d'Extrême Orient. Rebaptisé Mount Kassion après sa vente en 1937, il sera torpillé et coulé en 1942.
La mémoire de Pierre Benoît est par ailleurs honorée dans le livre d'or des médecins morts pour la patrie, le livre d'or et le monument aux morts de la ville de Sète, une plaque au temple de Sète et la plaque commémorative de la faculté de médecine de Montpellier.  

Remerciements : Francine Benoît, Hélène Fillet, Cyril Leenhardt, Eric Mansuy.
 
Gilles Morlock 
* Gilles Morlock, ancien interne des hôpitaux de Montpellier, ancien chef de clinique à la faculté, médecin honoraire des hôpitaux a rédigé les notices biographiques d’hommage aux médecins et étudiants de la faculté de médecine de Montpellier morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918.

[1] Lucien Benoît (1829-1908).
[2] Mémoires de Jean Médard : Hélène Fillet. Archives personnelles.
[3] Dossier d'officier. SHD 5ye 118475.
[4] L'encyclopédie des messageries maritimes.  http://www.messageries-maritimes.org/dpben.htm
[5] Francine Benoît. Archives personnelles.
[6] Historique du 12ème bataillon de chasseurs alpins. Paris, Ch. Lavauzelle, 1920.
[7] Journal des marches et opérations du 12ème bataillon de chasseurs alpins. SHD. 26N820/5.
[8] Daniel Roess. Hautes-Vosges 1914-1918. Les témoins. Bernard Giovanangelli éditeur, 2012.
[9] Jean Médard. op. cit.
[10] Historique du 12ème bataillon de chasseurs alpins.
[11] Francine Benoît. Archives familiales.