A propos des "Pièces jointes"

Ces "Pièces jointes" sont un complément au blog 1914-1918 : une correspondance de guerre où sont publiées les lettres échangées pendant la Première guerre mondiale entre Jean Médard et les siens, en particulier avec sa mère, Mathilde. (Pour toutes les informations sur Jean Médard, se reporter au blog de base).
On trouvera ici un article sur tous les amis ou camarades morts dont Jean évoque le souvenir. Pour chacun :
- sa fiche de "Mort pour la France" avec sa transcription (en bleu) ; toutes ces fiches proviennent du site Mémoire des hommes ;
- tous les textes de la correspondance et des mémoires de Jean Médard le concernant (en italiques) ;
- dans la mesure du possible, une notice biographique (dans un encadré).
Merci d'avance à tous ceux qui pourraient me communiquer des informations me permettant d'étoffer certains articles. (Mon adresse est dans le blog de base, sous l'onglet A propos du blog.)
Les articles sont publiés dans l'ordre des décès, les morts les plus anciens se trouvent donc en bas de la liste. Pour faciliter d'éventuelles recherches, vous trouverez sous la rubrique "INDEX" une liste alphabétique, avec un lien vers chaque article.

NB - Cette liste des "Morts pour la France" évoqués par Jean Médard est en cours de constitution. N'y figurent pour le moment que ceux morts avant 1918 (ou dont le nom n'est mentionné qu'avant 1918 dans les textes de Jean). Les notices consacrées aux morts de 1917 sont en cours de mise en ligne.

mardi 31 janvier 2017

Samuel WEBER (1888-1918)


WEBER
Samuel André
Capitaine
69ème bataillon de chasseurs
Classe : 1908
Recrutement : Versailles
Mort pour la France le 19 avril 1918
à Damery (Somme)
Genre de mort : blessures au combat de Cantigny
Inhumation cimetière des soldats à Damery. Tombe 17 rangée 3
Né le 14 août 1888
à Paris (4ème) (Seine)










Samuel Weber, lors de sa dernière permission

        Hier j’ai eu encore une après-midi de liberté. […] Je suis parti seul en vélo. J’ai rencontré un capitaine d’un bataillon de chasseurs de la division qui m’a abordé gentilment et a fait route avec moi. Il me connaissait très bien, je ne sais pas par qui – m’a dit qu’il était petit-fils de pasteur. Il s’appelle Samuel Weber – un nom que je connaissais et que je trouvais en effet très protestant.
(Jean à sa mère – 11 septembre 1917)
 
            Lors de cette brève rencontre, Samuel Weber dit donc à Jean qu’il est petit-fils de pasteur.
Ce sont les seuls mots connus de cette conversation vieille de presque un siècle. Mais c’est grâce à eux que peut se tirer le fil aboutissant aux informations laissées sur Généanet par Marie-Claude Nguyen-Morère, petite-nièce de Samuel Weber. 

Alors, commençons par quelques mots sur ce grand-père de Samuel, présenté, sur le site Pasteurs de France, par son arrière-arrière-petite-fille Marie-Claude Nguyen Morère. 
  
Le pasteur Hoff
Le pasteur Hoff
 
« Gustave Adolphe Hoff est né le 13 septembre 1829 à Strasbourg, dans une vieille famille de cette ville, de Michel Hoff et de Caroline, née Fuchs.
Il fait ses études au gymnase protestant jusqu’en 1846 et les complète à la faculté de théologie de Strasbourg. […] Le 4 mai 1856, il est nommé pasteur de l’église réformée de Sainte-Marie-aux-Mines, où il exercera son ministère jusqu’en décembre 1904.
L’année de son installation, il épouse Eugénie Jung, la fille ainée d’un de ses professeurs à la faculté de théologie, André Jung. Ils auront six enfants […].
Marie Frédérique, la fille ainée […] épousera le fils d’un industriel de Sainte-Marie-aux-Mines, Jacques Eugène Weber, qui lui donnera cinq enfants, dont deux seulement aussi auront une descendance, la dernière, une fille, sera ma grand-mère maternelle. […]
En 1901, G. A. Hoff est nommé « docteur honoris causa » par la faculté de théologie de Strasbourg pour ses travaux parus, pour la plupart, dans des revues religieuses, et pour ses livres sur la vie de Calvin, vie de Luther (1860, réédité en 1873), vie de Zwingli, éditée chez Bonhoure et Cie, en 1882. […] »
Il est décédé le 14 décembre 1910, à Sainte-Marie-aux-Mines.
(L’intégralité du texte est consultable ici.) 

C’est donc dans une famille alsacienne protestante que grandit Samuel Weber. Il est le fils de Jacques Weber (1856-1907), et de Marie Frédérique Hoff (1858-1943), la fille du pasteur Hoff.
La famille Weber
Au 1er rang, Jacques Eugène Weber et sa femme Marie Frédérique,
avec leur fille Marie Antoinette Weber (future grand-mère de Marie-Claude Nguyen-Morère).
Au 2ème rang, leurs quatre autres enfants, avec Samuel, entre ses parents.

            Famille alsacienne, mais chassée de sa terre natale. Dans un courriel, leur arrière-petite-fille m’écrit :
 « Samuel André Weber est né à Paris IVe, rue de Turenne. Ses parents avaient fui l’Alsace, refusant la domination allemande et le fait d’avoir opté pour la France en 1872, empêchait mon arrière grand-père de prendre la succession de son père propriétaire d’usines d’impression sur étoffes à Sainte-Marie-aux Mines.
Samuel aurait fait des études de droit et travaillait dans une étude au moment de la déclaration de guerre. Il n’était pas marié mais, bien qu’il se soit félicité de n’avoir aucune attache lors de cette guerre, il semblerait qu’une lointaine cousine avait attiré son attention. » 

En 1911, à l’issue de son service militaire, Samuel Weber était sous-lieutenant de réserve. En 1914, il est mobilisé au 29ème bataillon de chasseurs à pied. Hormis sa promotion au grade de capitaine le 20 avril 1916, sa fiche matricule ne donne malheureusement aucune précision sur le détail des services.
Source : Archives départementales des Yvelines - Fiche matricule de Samuel Weber
          Heureusement, le JMO du 69ème bataillon de chasseurs, extrêmement précis, nous informe que la compagnie Weber (8ème compagnie) rejoint le bataillon le 29 mars 1916, et mentionne, à la page suivante, sa promotion le 20 avril au grade de capitaine.
Source : JMO du 69ème B.C. - 20 avril 1916

           Le 69ème B.C. fait partie de la 56ème division d’infanterie, à laquelle appartient aussi le 132ème R.I., ce qui explique la rencontre de Samuel Weber et de Jean Médard en Alsace, par un bel après-midi de septembre 1917. La division avait été envoyée dans cette région, alors relativement calme, après les très grandes pertes subies dans les combats meurtriers de Verdun, de la Somme et du Chemin des Dames.   « Nous allons passer dans ce secteur des Vosges la période la plus paisible, la plus heureuse de la guerre. » écrit Jean Médard dans ses mémoires à propos de ces quelques mois alsaciens.

Mais ce relatif répit se termine au printemps 1918. Fin mars, en effet, la situation devient soudain alarmante : « Nous apprenons que la poche ouverte par les Allemands sur le front anglais à Saint-Quentin s’est élargie d’une manière inquiétante. […] L’officier de la division qui nous accueille semble bouleversé : la marche en avant des Allemands a été très rapide. Il n’y a plus rien pour les arrêter. » (Jean Médard, Mémoires).
La 56ème division d’infanterie se retrouve en effet brutalement au cœur des vifs combats qui se vont se dérouler à Montdidier et dans ses environs.
Le 29 mars, le 69ème bataillon de chasseurs est engagé dans la zone du village de Cantigny, à quelques kilomètres à l’ouest de Montdidier.
Source : JMO de la 56ème D.I. - 29 mars 1918

          Seuls quelques chasseurs reviennent, ayant perdu tous leurs officiers et gradés, est-il écrit dans le JMO de la 56ème D.I. Parmi eux, Samuel Weber.
Source : JMO du 69ème B.C. - 29 mars 1918
         Le 4 avril, le commandant de Forges, chef du 69ème B.C., écrit à Marie Frédérique Weber une lettre où, malgré l'espoir de façade « mais les plus grandes chances sont qu’il soit simplement prisonnier », on sent cependant planer un incontestable pessimisme : il inclut Samuel Weber parmi « les camarades que nous pleurons » et l’imparfait qu’il utilise « c’était un héros légendaire du Bataillon, un vrai chevalier du Moyen âge » suggère l'épitaphe plutôt que l'encouragement. 
           Paradoxalement, le commandant de Forges avait raison : Samuel Weber avait effectivement été fait prisonnier. Mais son pessimisme devait aussi se trouver justifié : aux mains des Allemands, il allait mourir le 9 avril des suites de ses blessures.

Dans ses mémoires, un neveu de Samuel, Daniel Jung, qui avait alors 8 ans, précise « qu’il s’était battu jusqu’à ce qu’une rafale de mitrailleuse lui eût brisé la cuisse et blessé le bras. Il était resté sur place toute la nuit sans soins puis, ramassé par des brancardiers allemands, il fut ramené dans leurs lignes et opéré dans une ambulance de campagne où on lui coupa la jambe et le bras gauche. Il mourut le 18 avril et fut enterré le lendemain. Ce n’est qu’en juillet que nous avons reçu l’annonce officielle de son décès par l’intermédiaire de la Croix rouge.»  
         En février 1916, Samuel avait écrit à l’intention de sa mère un long texte, qui ne devait être envoyé que s’il était tué au combat. Dans cette lettre, précieusement conservée par sa famille, il décrit le grand calme intérieur qui l’habite lorsqu'il envisage sa mort à venir. « Ce calme, c’est la Foi qui me le donne » affirme-t-il. Cette profession de foi, en même temps qu’à sa mère, est adressée à un moi futur : « Aussi ces lignes, si elles ne doivent pas te parvenir, devront être pour moi un témoin fidèle de mon état d’âme actuel. Si plus tard, je sentais ma foi faiblir, si j’étais amené à douter, la lecture de ces lignes, écrites en toute simplicité et en toute sincérité, me rappellera la douceur infinie, le calme profond, que ma foi en Dieu me donne devant la menace du danger. ». Quelques lignes plus loin : « Aucune prière ne sort de mon cœur pour avoir la vie sauve. Que Sa volonté soit faite ! Ma seule prière, c’est pour toi, ma chère Maman, pour ta consolation, pour ceux que j’aime et qui m’aiment. »

Tombe de Samuel Weber en 1937
au cimetière d'Hallencourt (Somme).
Debout, Daniel Jung.
        Marie-Claude Nguyen-Morère écrit qu'après la mort de Samuel, son « arrière grand-mère a interdit à chacun de parler allemand devant elle. Elle disait que les Allemands avaient laissé mourir son fils. J’ai eu en ma possession une lettre d’un prêtre qui était à son chevet et qui expliquait qu’il avait été amputé d’un membre inférieur et d’un membre supérieur par un médecin militaire allemand (il avait été fait prisonnier). Dans la nuit il aurait eu une hémorragie et personne alors n’aurait voulu se déplacer. »
Samuel Weber a d’abord été inhumé par les Allemands, puis son corps a été transféré dans un cimetière militaire français.
Il était titulaire de la Croix de guerre et de la Légion d’Honneur, qui lui avait été accordée le 6 octobre 1917. 

Mes très vifs remerciements à Marie-Claude Nguyen-Morère qui m’a communiqué avec une immense générosité un grand nombre de documents relatifs à Samuel Weber. Et qui m'écrivait, dans son premier courriel : « Si je ne l’ai pas connu personnellement, il est mort en 1918 et je suis née en 1932, j’ai passé les années de guerre (1940-45) chez mon arrière grand-mère, donc la maman de Sam, avec le portrait en pied de celui-ci surmontant ses décorations. […] Je pense être la dernière à avoir connu ceux qui l’avaient chéri et à avoir recueilli bien de leurs souvenirs. »
HF (27/01/2017) 

Source pour les informations militaires :
- Mémoire des hommes, JMO du 69ème B.C. et de la 56ème D.I.
- Archives départementales des Yvelines, fiche matricule de Samuel Weber.


dimanche 29 janvier 2017

Hervé de PARSCAU du PLESSIX (1892-1917)


DE PARSCAU DU PLESSIS
Hervé, François, Marie, Joseph
Lieutenant
132ème régiment d’infanterie
Classe : 1912
Recrutement : Saint-Brieuc
Mort pour la France le 17 mai 1917
à Ostel Aisne
Tué à l’ennemi
Né le 2 mars 1892
à Ploujean (Finistère)

  

Nous avons encore perdu ces derniers jours un des plus chics types du régiment, de Parscau, qui commandait une compagnie, tout jeune et tout sympathique. Et puis, même dans le régiment, on se sent perdu, dépaysé ; tout semble changé ; l’esprit, la valeur. Il y a des types qu’on ne remplace pas. C’est vrai que la guerre est une sélection à rebours, les meilleurs s’en vont. Et ce n’est pas parce qu’ils s’en vont qu’on dit que ce sont les meilleurs, c’est parce qu’ils sont les meilleurs qu’ils sont fauchés.
(Jean à sa mère - 20 mai 1917) 


 
            Hervé de Parscau du Plessix était le fils de Philippe de Parscau du Plessix (1863-1938) et de Bénédicte Dulong de Rosnay (1870-1913). Il était marin.
            Sa fiche matricule indique qu’il s’était engagé volontaire pour trois ans, le 4 octobre 1911. Il a donc combattu avec son régiment – il était alors au 70ème R.I. – dès les débuts de la guerre.
            Le 17 avril 1915, Hervé de Parscau, qui était alors sergent, a été versé au 132ème régiment d'infanterie. Blessé à deux reprises, titulaire de la Croix de guerre, il a été promu lieutenant à titre temporaire le 3 mai 1917.
             Sa fiche MPF indique qu’il est mort le 17 mai, l’inscription portée sur le JMO du 132ème RI laisse penser que l’attaque où il a perdu la vie a eu lieu dans la nuit au 16 au 17. 
JMO du 132ème RI - 16 et 17 mai 1917

Sur son site généalogique, Jacques Croizat-Viallet donne des précisions sur la vie et la mort d’Hervé de Parscau : dès ses 16 ans, il avait embarqué sur un navire faisant une campagne en Islande et à Terre Neuve.  
En 1912, il s'engage au 72ème régiment d'infanterie et devient sergent. Dès le début de la guerre, il participe avec son régiment à différentes opérations. Blessé à deux reprises, il se distingue par sa vaillance et il est promu sous-lieutenant, et on lui attribue la Croix de guerre.
En 1917, au sein du 132ème régiment d'infanterie, il participe en première ligne à l'offensive du Chemin des Dames. Il y est tué le 17 mai 1917, d'une balle dans la bouche, en défendant, à la tête de ses hommes, un poste qu'il avait mission de garder.
    
HF (24/01/2017)
 
Source pour les informations militaires : archives départementales des Côtes du Nord, fiche matricule d’Hervé de Parscau du Plessix 
 

 
 

samedi 28 janvier 2017

Maurice Paul Louis HAZIN (1892-1917)


HAZIN
Maurice Paul Louis
Sous-lieutenant
132ème régiment d’infanterie
Classe : 1912
Recrutement : Reims
Mort pour la France le 17 avril 1917
à Braye-en-Laonnois (Aisne)
Tué à l’ennemi
Né le 9 juin 1892
à Livry-sur-Vesle (Marne)
 
 
 
 
 
 






 
 
 
 
Les morts du 16 avril 1917,
premier jour de l’offensive du Chemin des Dames
(Lettre de Jean Médard à sa mère – 22 avril 1917)
 
Cette première attaque, journée du 16, a été très dure. Au 2ème Baton elle ns a couté en tués, outre le commandant, le capitaine Candillon (5ème), St Lieut Gonin (6ème tu le connaissais – le petit aspirant qui avait pris le thé avec ns et Getaz à Chartèves) Lieut. Jesson (7ème), S/Lieut Mellinette et Baillot (Cie de Mitrailleurs). Tu connaissais aussi ce dernier, tu trouvais qu’il ressemblait à un officier de marine. En blessés : capitaine adjudant major Dufour, S/Lt Millière, S/Lt Bouchez, [Roger de] La Morinerie. Le Commandant [Rivals] était en tête de combat, il a eu une mort magnifique. Le colonel [Théron] aussi était presque en tête sur le petit groupe qui l’entourait peu sont revenus indemnes. Lui, notre brave colonel blessé à la cuisse, son capitaine adjoint [Gabet] la figure traversée d’une balle, Soula, off. du canon de 37 tué, etc., etc.
 
Source : JMO du 132ème R.I.
- Soulignés en noir par l'auteur du blog : les tués du 16 avril 1917.
- Soulignés en blanc par l'auteur du blog : les blessés du 16 avril 1917.
- Soulignés en gris : les tués du 17 avril 1917.
            Jean ne nomme pas dans sa lettre les morts du 3ème bataillon, dont il était forcément moins proche : Marceau et Morin, tués le 16 avril, Robein et Hazin, tués le 17. Ils sont les « etc. etc. » qui clôturent sa triste énumération. Il est vrai aussi que ce jour-là, le 2ème bataillon, qui attaquait en tête, a payé le plus lourd tribut, du moins en ce qui concerne les pertes en officiers : sur 15 officiers, 6 sont tués et 4 blessés.
N.B. : Les décomptes des pertes ne sont pas faits par bataillon, mais pour le régiment. Cependant les pertes en officiers étant nominatives, et leur répartition dans chaque bataillon étant connue grâce à l’ordre de bataille ci-dessus, il est facile de faire les calculs à l’échelon du bataillon.
 
HF (25/01/2017)
 
 

 
Maurice Paul Louis Hazin était le fils de Jean Pol Emile Hazin, instituteur, âgé de 27 ans et de Marie Charlotte Picot, âgée de 23 ans.
 
JMO du 132ème R.I. -  17 avril 1917
Les registres matricules de la Marne pour 1912 ne sont malheureusement pas en ligne. Le sous-lieutenant Hazin appartenait au 3ème bataillon, le bataillon Jules, dont l’action dans la journée du 17 avril est précisée dans le JMO du 132ème R.I.

HF (25/01/2017)
 
Source pour les informations d’état-civil : archives départementales de la Marne, acte de naissance de Maurice Paul Louis Hazin (vue 2/6).
  
 

 

Paul ROBEIN (1884-1917)


ROBEIN
Paul Antoine Charles
Sous-lieutenant
132ème régiment d’infanterie
Classe : 1904
Recrutement : Marseille
Mort pour la France le 16* avril 1917
à Braye-en-Laonnois (Aisne)
Tué à l’ennemi
Né le 21 octobre 1884
à Marseille (Bouches-du-Rhône) 

* Sa fiche MPF indique le 16 avril, mais le JMO note son décès le 17 avril. Sans doute est-il mort dans la nuit.
 
 
 
 

 

 
Les morts du 16 avril 1917,
premier jour de l’offensive du Chemin des Dames
(Lettre de Jean Médard à sa mère – 22 avril 1917)
 
Cette première attaque, journée du 16, a été très dure. Au 2ème Baton elle ns a couté en tués, outre le commandant, le capitaine Candillon (5ème), St Lieut Gonin (6ème tu le connaissais – le petit aspirant qui avait pris le thé avec ns et Getaz à Chartèves) Lieut. Jesson (7ème), S/Lieut Mellinette et Baillot (Cie de Mitrailleurs). Tu connaissais aussi ce dernier, tu trouvais qu’il ressemblait à un officier de marine. En blessés : capitaine adjudant major Dufour, S/Lt Millière, S/Lt Bouchez, [Roger de] La Morinerie. Le Commandant [Rivals] était en tête de combat, il a eu une mort magnifique. Le colonel [Théron] aussi était presque en tête sur le petit groupe qui l’entourait peu sont revenus indemnes. Lui, notre brave colonel blessé à la cuisse, son capitaine adjoint [Gabet] la figure traversée d’une balle, Soula, off. du canon de 37 tué, etc., etc.
Source : JMO du 132ème R.I.
- Soulignés en noir par l'auteur du blog : les tués du 16 avril 1917.
- Soulignés en blanc par l'auteur du blog : les blessés du 16 avril 1917.
- Soulignés en gris : les tués du 17 avril 1917.
             Jean ne nomme pas dans sa lettre les morts du 3ème bataillon, dont il était forcément moins proche : Marceau et Morin, tués le 16 avril, Robein et Hazin, tués le 17. Ils sont les « etc. etc. » qui clôturent sa triste énumération. Il est vrai aussi que ce jour-là, le 2ème bataillon, qui attaquait en tête, a payé le plus lourd tribut, du moins en ce qui concerne les pertes en officiers : sur 15 officiers, 6 sont tués et 4 blessés.
N.B. : Les décomptes des pertes ne sont pas faits par bataillon, mais pour le régiment. Cependant les pertes en officiers étant nominatives, et leur répartition dans chaque bataillon étant connue grâce à l’ordre de bataille ci-dessus, il est facile de faire les calculs à l’échelon du bataillon.
 
HF (25/01/2017)
 
 

  
            Paul Robein était le fils d’Auguste Félix Robein, négociant, âgé de 34 ans et de Anne Marie Cécile Fortunée Mazan, âgée de 24 ans.
 

En 1903, Paul Robein avait été engagé volontaire. Il était alors cavalier de 2e classe. Il a plusieurs fois changé de corps et de grade avant son passage dans la réserve en 1909.
            Rappelé au moment de la mobilisation générale, il a de nouveau occupé des fonctions différentes dans plusieurs unités. Promu sous-lieutenant de réserve à titre temporaire, il était arrivé au 132ème R.I. le 8 août 1916.
            Il a été cité à deux reprises, et était titulaire de la Croix de guerre.
  
HF (25/01/2017)
 
Source pour les informations familiales et militaires : archives de l’état-civil en ligne de Marseille.
Source pour le prénom usuel : Mémorial GenWeb, relevé du monument aux morts de Château-Gombert, à Marseille.
 
 

vendredi 27 janvier 2017

Marius RIVALS (1875-1917)

RIVALS
Antoine, Séverin, Marius
Chef de bataillon
132ème régiment d’infanterie
Classe : 1895
Recrutement : Privas
Mort pour la France le 16 avril 1917
au champ de bataille de l’Aisne, ferme de Metz
Tué à l’ennemi
Né le 1er août 1875
à Tournon (Ardèche)


 

C’est là [à Chartèves, en juillet 1916] que nous rejoint notre nouveau chef de bataillon, le commandant Rivals, un homme vif, amusant, intelligent et droit.
(Jean Médard – Mémoires) 

Figure-toi que le capitaine Rivals mon chef de bataillon, avec qui je prends tous mes repas, est le neveu authentique de Jean et Henri Monnier [professeurs de Jean à la faculté de théologie de Paris], il a épousé la fille d’une de leurs sœurs. Ça m’a amusé de nous trouver ainsi en pays de connaissance.
(Jean à sa mère – 27 juillet 1916)

Dans la journée nous nous approchons des lignes. Tandis que je marche à côté du commandant Rivals un obus vient se ficher à terre à quelques mètres de nous sans éclater : « Il a rudement bien fait ! » se borne à déclarer le commandant.
(Jean Médard – Mémoires, automne 1916, front de Somme) 

Le commandant [Rivals] préside toujours notre petit cercle avec entrain, bonté, simplicité. Le bataillon est très « famille » et très recherché à cause de cela par les officiers nouveaux venus. […] Nous avons un très chic colonel [Théron] aussi.
(Jean à sa mère – 26 novembre 1916) 

          Le soir ns étions tous réunis autour du commandant Rivals, pour un de ces gueuletons monstres dont le 2ème bataillon a le secret. Ce fut très gai et très bruyant.
(Jean à sa mère – 25 janvier 1917)

Je suis parti samedi soir avec le commandant [Rivals]. Itinéraire très court, mais voyage très long. Couché à l’hôtel. [Récit de sa journée à Paris avec ses amis de la Fédé ou de la faculté de théologie.]
Retour avec le commandant [Rivals] que j’ai retrouvé à la gare et qui m’a présenté sa femme. Voilà le canevas de la journée.
(Jean à sa mère – 12 février 1917)

            Après déjeuner j’ai fait une partie de cartes avec le commandant [Rivals], ça ne m’était pas arrivé depuis la Somme.
(Jean à sa mère – 6 mars 1917) 

Nous sommes bien installés. Le commandant [Rivals] qui est venu nous voir hier a été ravi de mon installation. Je deviens prêteur de livres. Il m’a emprunté un Rudyard Kipling.
(Jean à sa mère – 29 mars 1917)

Un jour, avec le commandant Rivals, je vais examiner depuis un bon observatoire notre secteur d’attaque. Le commandant fait la grimace. Nous devons attaquer depuis la vallée jusqu’au Chemin des Dames entre Soupir et le canal de l’Oise à l’Aisne, en liaison avec le 20ème corps à notre droite, de l’autre côté du canal. Malheureusement le secteur du 132ème est un fond de cuvette et les positions allemandes nous dominent de toutes parts.
(Jean Médard – Mémoires, avril 1917, juste avant le Chemin des Dames) 

Les nouvelles sont consternantes : notre progression a été rapidement stoppée et nos pertes sont lourdes. Au 2ème bataillon notre cher commandant Rivals a été tué, ainsi que le capitaine Candillon et bien d’autres.
(Jean Médard – Mémoires, avril 1917, Chemin des Dames)
JMO du 132ème R.I. - 16 avril 1917

            Nous sommes en plein travail. La première partie a été dure. Le Commandant Rivals et le Capitaine Candillon ont été tués, le colonel [Théron] blessé. Inutile de te dire la peine que ça nous fait.
(Jean à sa mère – 17 avril 1917)

        Nous voilà de nouveau au repos pour peu de jours, après une semaine de combats. Le régiment a été vraiment admirable. Il a fait quelque chose, cette fois. Je te raconterai tout ça. Malheureusement les vides sont grands… notre cher commandant [Rivals] surtout. Aujourd’hui, ds un hôpital voisin ns sommes allé voir à cheval les officiers blessés : le colonel [Théron] toujours serein, [Roger de] La Morinerie blessé de 4 balles, etc., etc.
(Jean à sa mère – 20 avril 1917) 

Mme Rivals a su la mort de son mari par Combemale qui est toujours à l’hôpital et qu’elle venait voir régulièrement.
(Jean à sa mère – 28 avril 1917) 

            Madame Monnier m’a envoyé des photos du Cdt Rivals pour les donner aux officiers qui l’ont connu et aimé.
(Jean à sa mère – 29 juillet 1917)

  
Les morts du 16 avril 1917,
premier jour de l’offensive du Chemin des Dames
(Lettre de Jean Médard à sa mère – 22 avril 1917) 

Cette première attaque, journée du 16, a été très dure. Au 2ème Baton elle ns a couté en tués, outre le commandant, le capitaine Candillon (5ème), St Lieut Gonin (6ème tu le connaissais – le petit aspirant qui avait pris le thé avec ns et Getaz à Chartèves) Lieut. Jesson (7ème), S/Lieut Mellinette et Baillot (Cie de Mitrailleurs). Tu connaissais aussi ce dernier, tu trouvais qu’il ressemblait à un officier de marine. En blessés : capitaine adjudant major Dufour, S/Lt Millière, S/Lt Bouchez, [Roger de] La Morinerie. Le Commandant [Rivals] était en tête de combat, il a eu une mort magnifique. Le colonel [Théron] aussi était presque en tête sur le petit groupe qui l’entourait peu sont revenus indemnes. Lui, notre brave colonel blessé à la cuisse, son capitaine adjoint [Gabet] la figure traversée d’une balle, Soula, off. du canon de 37 tué, etc., etc.
Source : JMO du 132ème R.I.
- Soulignés en noir par l'auteur du blog : les tués du 16 avril 1917.
- Soulignés en blanc par l'auteur du blog : les blessés du 16 avril 1917.
- Soulignés en gris : les tués du 17 avril 1917.
  Les plus grosses pertes en officiers sont dans le 2ème bataillon, où, sur 15 officiers, 6 sont tués et 4 blessés
(N.B. : Les décomptes des pertes ne sont pas faits par bataillon, mais pour le régiment. Cependant les pertes
en officiers étant nominatives, et leur répartition dans chaque bataillon étant connue grâce à l’ordre de bataille
ci-dessus, il est facile de faire les calculs à l’échelon du bataillon.)

  
JMO du 132ème R.I. - 16 avril 1917



Marius RIVALS (1875-1917)
René CANDILLON (1886-1917) 
Lucien SOULA (1874-1917) 
Marcel Emmanuel MARCEAU (1890-1917) 
Georges Etienne Soter BAILLOT (1892-1917) 
Gaston MELLINETTE (1892-1917) 
Claude GONIN (1896-1917) 
Marcel Adrien MORIN (1886-1917) 
Emile JESSON (1892-1917) 
 
 

 
 
Marius Rivals était le fils de Jean Marius François Rivals, employé de commerce, âgé de 29 ans, et de Marie Clémentine Boussy, lingère, âgée de 25 ans. Son prénom usuel est connu car il est noté en marge de l’acte de naissance. Au moment où sa fiche matricule a été rédigée, sa mère était décédée.
 

            Plusieurs courriers de Jean attestent que Marius Rivals était marié. Et en particulier la lettre du 27 juillet 1917, qui donne des indications précieuses, mais malheureusement insuffisantes pour identifier précisément sa femme « Figure-toi que le capitaine Rivals, mon chef de bataillon, avec qui je prends tous mes repas, est le neveu authentique de Jean et Henri Monnier, il a épousé la fille d’une de leurs sœurs. Ça m’a amusé de nous trouver ainsi en pays de connaissance ».
            On trouve en ligne sur le site de la Société genevoise de généalogie trois sœurs de Jean et Henri Monnier[1]. D’autres recherches croisant les patronymes de leurs maris (et donc de leur filles éventuelles) avec Rivals, ne donnent rien. Les Monnier peuvent avoir eu d’autres sœurs, ou le couple Rivals, surtout s’il était sans descendance, peut ne pas avoir laissé de traces en ligne. Ils résidaient certainement à Paris ou en région parisienne, puisque d’une part, Jean rencontre le commandant et madame Rivals à la gare le 11 février 1917 à l’issue d’une permission d’un jour ; et d’autre part, il mentionne qu’elle visite régulièrement Combemale, qui était hospitalisé à Paris.
            Marius Rivals, Saint-Cyrien, avait été officier d’active. Il était arrivé au 132ème R.I. le 15 juillet 1916, et avait le 2 août été promu chef de bataillon. Jean l’a côtoyé de près jusqu’à sa mort le 16 avril.
          La légende "Les tombes des Cdt Rivals et Cne Candillon", écrite de la main de Jean au verso de la photo ci-dessus, qui fait partie des archives personnelles de Jean Médard, peut être trompeuse. La tombe de gauche est bien celle du capitaine Candillon, mais à droite, il s'agit de celle du lieutenant Gonin. Il faut préciser que sur le tirage papier en ma possession, très pâli par l’âge, les inscriptions sont quasiment invisibles à l’œil nu, seul le traitement numérique permet d’en améliorer la lisibilité.

           Par contre, la photo ci-dessous, publiée dans Pages 14-18, malheureusement sans sa source, est d’une bien meilleure qualité. On distingue nettement les inscriptions des tombes du premier plan, celles de René Candillon et de Claude Gonin. Et pour peu que l’on sache à l’avance son grade et son nom, on peut deviner que la tombe du commandant Rivals est au fond à gauche. 
 
HF (31/01/2017)
 
Source pour les informations militaires : archives départementales de l’Ardèche, fiche matricule de Marius Rivals.
 



[1] - Marguerite Monnier (1857-1936) épouse en 1881 Henri Kuntzel (1851-?)
- Sophie Monnier (1859-1922) épouse en 1879 Henri Chapon (1855-?)
- Madeleine Monnier (1862-1935) épouse en 1885 Jean Risler (1856-?)