A propos des "Pièces jointes"

Ces "Pièces jointes" sont un complément au blog 1914-1918 : une correspondance de guerre où sont publiées les lettres échangées pendant la Première guerre mondiale entre Jean Médard et les siens, en particulier avec sa mère, Mathilde. (Pour toutes les informations sur Jean Médard, se reporter au blog de base).
On trouvera ici un article sur tous les amis ou camarades morts dont Jean évoque le souvenir. Pour chacun :
- sa fiche de "Mort pour la France" avec sa transcription (en bleu) ; toutes ces fiches proviennent du site Mémoire des hommes ;
- tous les textes de la correspondance et des mémoires de Jean Médard le concernant (en italiques) ;
- dans la mesure du possible, une notice biographique (dans un encadré).
Merci d'avance à tous ceux qui pourraient me communiquer des informations me permettant d'étoffer certains articles. (Mon adresse est dans le blog de base, sous l'onglet A propos du blog.)
Les articles sont publiés dans l'ordre des décès, les morts les plus anciens se trouvent donc en bas de la liste. Pour faciliter d'éventuelles recherches, vous trouverez sous la rubrique "INDEX" une liste alphabétique, avec un lien vers chaque article.

NB - Cette liste des "Morts pour la France" évoqués par Jean Médard est en cours de constitution. N'y figurent pour le moment que ceux morts avant 1918 (ou dont le nom n'est mentionné qu'avant 1918 dans les textes de Jean). Les notices consacrées aux morts de 1917 sont en cours de mise en ligne.

mardi 31 janvier 2017

Samuel WEBER (1888-1918)


WEBER
Samuel André
Capitaine
69ème bataillon de chasseurs
Classe : 1908
Recrutement : Versailles
Mort pour la France le 19 avril 1918
à Damery (Somme)
Genre de mort : blessures au combat de Cantigny
Inhumation cimetière des soldats à Damery. Tombe 17 rangée 3
Né le 14 août 1888
à Paris (4ème) (Seine)










Samuel Weber, lors de sa dernière permission

        Hier j’ai eu encore une après-midi de liberté. […] Je suis parti seul en vélo. J’ai rencontré un capitaine d’un bataillon de chasseurs de la division qui m’a abordé gentilment et a fait route avec moi. Il me connaissait très bien, je ne sais pas par qui – m’a dit qu’il était petit-fils de pasteur. Il s’appelle Samuel Weber – un nom que je connaissais et que je trouvais en effet très protestant.
(Jean à sa mère – 11 septembre 1917)
 
            Lors de cette brève rencontre, Samuel Weber dit donc à Jean qu’il est petit-fils de pasteur.
Ce sont les seuls mots connus de cette conversation vieille de presque un siècle. Mais c’est grâce à eux que peut se tirer le fil aboutissant aux informations laissées sur Généanet par Marie-Claude Nguyen-Morère, petite-nièce de Samuel Weber. 

Alors, commençons par quelques mots sur ce grand-père de Samuel, présenté, sur le site Pasteurs de France, par son arrière-arrière-petite-fille Marie-Claude Nguyen Morère. 
  
Le pasteur Hoff
Le pasteur Hoff
 
« Gustave Adolphe Hoff est né le 13 septembre 1829 à Strasbourg, dans une vieille famille de cette ville, de Michel Hoff et de Caroline, née Fuchs.
Il fait ses études au gymnase protestant jusqu’en 1846 et les complète à la faculté de théologie de Strasbourg. […] Le 4 mai 1856, il est nommé pasteur de l’église réformée de Sainte-Marie-aux-Mines, où il exercera son ministère jusqu’en décembre 1904.
L’année de son installation, il épouse Eugénie Jung, la fille ainée d’un de ses professeurs à la faculté de théologie, André Jung. Ils auront six enfants […].
Marie Frédérique, la fille ainée […] épousera le fils d’un industriel de Sainte-Marie-aux-Mines, Jacques Eugène Weber, qui lui donnera cinq enfants, dont deux seulement aussi auront une descendance, la dernière, une fille, sera ma grand-mère maternelle. […]
En 1901, G. A. Hoff est nommé « docteur honoris causa » par la faculté de théologie de Strasbourg pour ses travaux parus, pour la plupart, dans des revues religieuses, et pour ses livres sur la vie de Calvin, vie de Luther (1860, réédité en 1873), vie de Zwingli, éditée chez Bonhoure et Cie, en 1882. […] »
Il est décédé le 14 décembre 1910, à Sainte-Marie-aux-Mines.
(L’intégralité du texte est consultable ici.) 

C’est donc dans une famille alsacienne protestante que grandit Samuel Weber. Il est le fils de Jacques Weber (1856-1907), et de Marie Frédérique Hoff (1858-1943), la fille du pasteur Hoff.
La famille Weber
Au 1er rang, Jacques Eugène Weber et sa femme Marie Frédérique,
avec leur fille Marie Antoinette Weber (future grand-mère de Marie-Claude Nguyen-Morère).
Au 2ème rang, leurs quatre autres enfants, avec Samuel, entre ses parents.

            Famille alsacienne, mais chassée de sa terre natale. Dans un courriel, leur arrière-petite-fille m’écrit :
 « Samuel André Weber est né à Paris IVe, rue de Turenne. Ses parents avaient fui l’Alsace, refusant la domination allemande et le fait d’avoir opté pour la France en 1872, empêchait mon arrière grand-père de prendre la succession de son père propriétaire d’usines d’impression sur étoffes à Sainte-Marie-aux Mines.
Samuel aurait fait des études de droit et travaillait dans une étude au moment de la déclaration de guerre. Il n’était pas marié mais, bien qu’il se soit félicité de n’avoir aucune attache lors de cette guerre, il semblerait qu’une lointaine cousine avait attiré son attention. » 

En 1911, à l’issue de son service militaire, Samuel Weber était sous-lieutenant de réserve. En 1914, il est mobilisé au 29ème bataillon de chasseurs à pied. Hormis sa promotion au grade de capitaine le 20 avril 1916, sa fiche matricule ne donne malheureusement aucune précision sur le détail des services.
Source : Archives départementales des Yvelines - Fiche matricule de Samuel Weber
          Heureusement, le JMO du 69ème bataillon de chasseurs, extrêmement précis, nous informe que la compagnie Weber (8ème compagnie) rejoint le bataillon le 29 mars 1916, et mentionne, à la page suivante, sa promotion le 20 avril au grade de capitaine.
Source : JMO du 69ème B.C. - 20 avril 1916

           Le 69ème B.C. fait partie de la 56ème division d’infanterie, à laquelle appartient aussi le 132ème R.I., ce qui explique la rencontre de Samuel Weber et de Jean Médard en Alsace, par un bel après-midi de septembre 1917. La division avait été envoyée dans cette région, alors relativement calme, après les très grandes pertes subies dans les combats meurtriers de Verdun, de la Somme et du Chemin des Dames.   « Nous allons passer dans ce secteur des Vosges la période la plus paisible, la plus heureuse de la guerre. » écrit Jean Médard dans ses mémoires à propos de ces quelques mois alsaciens.

Mais ce relatif répit se termine au printemps 1918. Fin mars, en effet, la situation devient soudain alarmante : « Nous apprenons que la poche ouverte par les Allemands sur le front anglais à Saint-Quentin s’est élargie d’une manière inquiétante. […] L’officier de la division qui nous accueille semble bouleversé : la marche en avant des Allemands a été très rapide. Il n’y a plus rien pour les arrêter. » (Jean Médard, Mémoires).
La 56ème division d’infanterie se retrouve en effet brutalement au cœur des vifs combats qui se vont se dérouler à Montdidier et dans ses environs.
Le 29 mars, le 69ème bataillon de chasseurs est engagé dans la zone du village de Cantigny, à quelques kilomètres à l’ouest de Montdidier.
Source : JMO de la 56ème D.I. - 29 mars 1918

          Seuls quelques chasseurs reviennent, ayant perdu tous leurs officiers et gradés, est-il écrit dans le JMO de la 56ème D.I. Parmi eux, Samuel Weber.
Source : JMO du 69ème B.C. - 29 mars 1918
         Le 4 avril, le commandant de Forges, chef du 69ème B.C., écrit à Marie Frédérique Weber une lettre où, malgré l'espoir de façade « mais les plus grandes chances sont qu’il soit simplement prisonnier », on sent cependant planer un incontestable pessimisme : il inclut Samuel Weber parmi « les camarades que nous pleurons » et l’imparfait qu’il utilise « c’était un héros légendaire du Bataillon, un vrai chevalier du Moyen âge » suggère l'épitaphe plutôt que l'encouragement. 
           Paradoxalement, le commandant de Forges avait raison : Samuel Weber avait effectivement été fait prisonnier. Mais son pessimisme devait aussi se trouver justifié : aux mains des Allemands, il allait mourir le 9 avril des suites de ses blessures.

Dans ses mémoires, un neveu de Samuel, Daniel Jung, qui avait alors 8 ans, précise « qu’il s’était battu jusqu’à ce qu’une rafale de mitrailleuse lui eût brisé la cuisse et blessé le bras. Il était resté sur place toute la nuit sans soins puis, ramassé par des brancardiers allemands, il fut ramené dans leurs lignes et opéré dans une ambulance de campagne où on lui coupa la jambe et le bras gauche. Il mourut le 18 avril et fut enterré le lendemain. Ce n’est qu’en juillet que nous avons reçu l’annonce officielle de son décès par l’intermédiaire de la Croix rouge.»  
         En février 1916, Samuel avait écrit à l’intention de sa mère un long texte, qui ne devait être envoyé que s’il était tué au combat. Dans cette lettre, précieusement conservée par sa famille, il décrit le grand calme intérieur qui l’habite lorsqu'il envisage sa mort à venir. « Ce calme, c’est la Foi qui me le donne » affirme-t-il. Cette profession de foi, en même temps qu’à sa mère, est adressée à un moi futur : « Aussi ces lignes, si elles ne doivent pas te parvenir, devront être pour moi un témoin fidèle de mon état d’âme actuel. Si plus tard, je sentais ma foi faiblir, si j’étais amené à douter, la lecture de ces lignes, écrites en toute simplicité et en toute sincérité, me rappellera la douceur infinie, le calme profond, que ma foi en Dieu me donne devant la menace du danger. ». Quelques lignes plus loin : « Aucune prière ne sort de mon cœur pour avoir la vie sauve. Que Sa volonté soit faite ! Ma seule prière, c’est pour toi, ma chère Maman, pour ta consolation, pour ceux que j’aime et qui m’aiment. »

Tombe de Samuel Weber en 1937
au cimetière d'Hallencourt (Somme).
Debout, Daniel Jung.
        Marie-Claude Nguyen-Morère écrit qu'après la mort de Samuel, son « arrière grand-mère a interdit à chacun de parler allemand devant elle. Elle disait que les Allemands avaient laissé mourir son fils. J’ai eu en ma possession une lettre d’un prêtre qui était à son chevet et qui expliquait qu’il avait été amputé d’un membre inférieur et d’un membre supérieur par un médecin militaire allemand (il avait été fait prisonnier). Dans la nuit il aurait eu une hémorragie et personne alors n’aurait voulu se déplacer. »
Samuel Weber a d’abord été inhumé par les Allemands, puis son corps a été transféré dans un cimetière militaire français.
Il était titulaire de la Croix de guerre et de la Légion d’Honneur, qui lui avait été accordée le 6 octobre 1917. 

Mes très vifs remerciements à Marie-Claude Nguyen-Morère qui m’a communiqué avec une immense générosité un grand nombre de documents relatifs à Samuel Weber. Et qui m'écrivait, dans son premier courriel : « Si je ne l’ai pas connu personnellement, il est mort en 1918 et je suis née en 1932, j’ai passé les années de guerre (1940-45) chez mon arrière grand-mère, donc la maman de Sam, avec le portrait en pied de celui-ci surmontant ses décorations. […] Je pense être la dernière à avoir connu ceux qui l’avaient chéri et à avoir recueilli bien de leurs souvenirs. »
HF (27/01/2017) 

Source pour les informations militaires :
- Mémoire des hommes, JMO du 69ème B.C. et de la 56ème D.I.
- Archives départementales des Yvelines, fiche matricule de Samuel Weber.