A propos des "Pièces jointes"

Ces "Pièces jointes" sont un complément au blog 1914-1918 : une correspondance de guerre où sont publiées les lettres échangées pendant la Première guerre mondiale entre Jean Médard et les siens, en particulier avec sa mère, Mathilde. (Pour toutes les informations sur Jean Médard, se reporter au blog de base).
On trouvera ici un article sur tous les amis ou camarades morts dont Jean évoque le souvenir. Pour chacun :
- sa fiche de "Mort pour la France" avec sa transcription (en bleu) ; toutes ces fiches proviennent du site Mémoire des hommes ;
- tous les textes de la correspondance et des mémoires de Jean Médard le concernant (en italiques) ;
- dans la mesure du possible, une notice biographique (dans un encadré).
Merci d'avance à tous ceux qui pourraient me communiquer des informations me permettant d'étoffer certains articles. (Mon adresse est dans le blog de base, sous l'onglet A propos du blog.)
Les articles sont publiés dans l'ordre des décès, les morts les plus anciens se trouvent donc en bas de la liste. Pour faciliter d'éventuelles recherches, vous trouverez sous la rubrique "INDEX" une liste alphabétique, avec un lien vers chaque article.

NB - Cette liste des "Morts pour la France" évoqués par Jean Médard est en cours de constitution. N'y figurent pour le moment que ceux morts avant 1918 (ou dont le nom n'est mentionné qu'avant 1918 dans les textes de Jean). Les notices consacrées aux morts de 1917 sont en cours de mise en ligne.

vendredi 27 janvier 2017

Marius RIVALS (1875-1917)

RIVALS
Antoine, Séverin, Marius
Chef de bataillon
132ème régiment d’infanterie
Classe : 1895
Recrutement : Privas
Mort pour la France le 16 avril 1917
au champ de bataille de l’Aisne, ferme de Metz
Tué à l’ennemi
Né le 1er août 1875
à Tournon (Ardèche)


 

C’est là [à Chartèves, en juillet 1916] que nous rejoint notre nouveau chef de bataillon, le commandant Rivals, un homme vif, amusant, intelligent et droit.
(Jean Médard – Mémoires) 

Figure-toi que le capitaine Rivals mon chef de bataillon, avec qui je prends tous mes repas, est le neveu authentique de Jean et Henri Monnier [professeurs de Jean à la faculté de théologie de Paris], il a épousé la fille d’une de leurs sœurs. Ça m’a amusé de nous trouver ainsi en pays de connaissance.
(Jean à sa mère – 27 juillet 1916)

Dans la journée nous nous approchons des lignes. Tandis que je marche à côté du commandant Rivals un obus vient se ficher à terre à quelques mètres de nous sans éclater : « Il a rudement bien fait ! » se borne à déclarer le commandant.
(Jean Médard – Mémoires, automne 1916, front de Somme) 

Le commandant [Rivals] préside toujours notre petit cercle avec entrain, bonté, simplicité. Le bataillon est très « famille » et très recherché à cause de cela par les officiers nouveaux venus. […] Nous avons un très chic colonel [Théron] aussi.
(Jean à sa mère – 26 novembre 1916) 

          Le soir ns étions tous réunis autour du commandant Rivals, pour un de ces gueuletons monstres dont le 2ème bataillon a le secret. Ce fut très gai et très bruyant.
(Jean à sa mère – 25 janvier 1917)

Je suis parti samedi soir avec le commandant [Rivals]. Itinéraire très court, mais voyage très long. Couché à l’hôtel. [Récit de sa journée à Paris avec ses amis de la Fédé ou de la faculté de théologie.]
Retour avec le commandant [Rivals] que j’ai retrouvé à la gare et qui m’a présenté sa femme. Voilà le canevas de la journée.
(Jean à sa mère – 12 février 1917)

            Après déjeuner j’ai fait une partie de cartes avec le commandant [Rivals], ça ne m’était pas arrivé depuis la Somme.
(Jean à sa mère – 6 mars 1917) 

Nous sommes bien installés. Le commandant [Rivals] qui est venu nous voir hier a été ravi de mon installation. Je deviens prêteur de livres. Il m’a emprunté un Rudyard Kipling.
(Jean à sa mère – 29 mars 1917)

Un jour, avec le commandant Rivals, je vais examiner depuis un bon observatoire notre secteur d’attaque. Le commandant fait la grimace. Nous devons attaquer depuis la vallée jusqu’au Chemin des Dames entre Soupir et le canal de l’Oise à l’Aisne, en liaison avec le 20ème corps à notre droite, de l’autre côté du canal. Malheureusement le secteur du 132ème est un fond de cuvette et les positions allemandes nous dominent de toutes parts.
(Jean Médard – Mémoires, avril 1917, juste avant le Chemin des Dames) 

Les nouvelles sont consternantes : notre progression a été rapidement stoppée et nos pertes sont lourdes. Au 2ème bataillon notre cher commandant Rivals a été tué, ainsi que le capitaine Candillon et bien d’autres.
(Jean Médard – Mémoires, avril 1917, Chemin des Dames)
JMO du 132ème R.I. - 16 avril 1917

            Nous sommes en plein travail. La première partie a été dure. Le Commandant Rivals et le Capitaine Candillon ont été tués, le colonel [Théron] blessé. Inutile de te dire la peine que ça nous fait.
(Jean à sa mère – 17 avril 1917)

        Nous voilà de nouveau au repos pour peu de jours, après une semaine de combats. Le régiment a été vraiment admirable. Il a fait quelque chose, cette fois. Je te raconterai tout ça. Malheureusement les vides sont grands… notre cher commandant [Rivals] surtout. Aujourd’hui, ds un hôpital voisin ns sommes allé voir à cheval les officiers blessés : le colonel [Théron] toujours serein, [Roger de] La Morinerie blessé de 4 balles, etc., etc.
(Jean à sa mère – 20 avril 1917) 

Mme Rivals a su la mort de son mari par Combemale qui est toujours à l’hôpital et qu’elle venait voir régulièrement.
(Jean à sa mère – 28 avril 1917) 

            Madame Monnier m’a envoyé des photos du Cdt Rivals pour les donner aux officiers qui l’ont connu et aimé.
(Jean à sa mère – 29 juillet 1917)

  
Les morts du 16 avril 1917,
premier jour de l’offensive du Chemin des Dames
(Lettre de Jean Médard à sa mère – 22 avril 1917) 

Cette première attaque, journée du 16, a été très dure. Au 2ème Baton elle ns a couté en tués, outre le commandant, le capitaine Candillon (5ème), St Lieut Gonin (6ème tu le connaissais – le petit aspirant qui avait pris le thé avec ns et Getaz à Chartèves) Lieut. Jesson (7ème), S/Lieut Mellinette et Baillot (Cie de Mitrailleurs). Tu connaissais aussi ce dernier, tu trouvais qu’il ressemblait à un officier de marine. En blessés : capitaine adjudant major Dufour, S/Lt Millière, S/Lt Bouchez, [Roger de] La Morinerie. Le Commandant [Rivals] était en tête de combat, il a eu une mort magnifique. Le colonel [Théron] aussi était presque en tête sur le petit groupe qui l’entourait peu sont revenus indemnes. Lui, notre brave colonel blessé à la cuisse, son capitaine adjoint [Gabet] la figure traversée d’une balle, Soula, off. du canon de 37 tué, etc., etc.
Source : JMO du 132ème R.I.
- Soulignés en noir par l'auteur du blog : les tués du 16 avril 1917.
- Soulignés en blanc par l'auteur du blog : les blessés du 16 avril 1917.
- Soulignés en gris : les tués du 17 avril 1917.
  Les plus grosses pertes en officiers sont dans le 2ème bataillon, où, sur 15 officiers, 6 sont tués et 4 blessés
(N.B. : Les décomptes des pertes ne sont pas faits par bataillon, mais pour le régiment. Cependant les pertes
en officiers étant nominatives, et leur répartition dans chaque bataillon étant connue grâce à l’ordre de bataille
ci-dessus, il est facile de faire les calculs à l’échelon du bataillon.)

  
JMO du 132ème R.I. - 16 avril 1917



Marius RIVALS (1875-1917)
René CANDILLON (1886-1917) 
Lucien SOULA (1874-1917) 
Marcel Emmanuel MARCEAU (1890-1917) 
Georges Etienne Soter BAILLOT (1892-1917) 
Gaston MELLINETTE (1892-1917) 
Claude GONIN (1896-1917) 
Marcel Adrien MORIN (1886-1917) 
Emile JESSON (1892-1917) 
 
 

 
 
Marius Rivals était le fils de Jean Marius François Rivals, employé de commerce, âgé de 29 ans, et de Marie Clémentine Boussy, lingère, âgée de 25 ans. Son prénom usuel est connu car il est noté en marge de l’acte de naissance. Au moment où sa fiche matricule a été rédigée, sa mère était décédée.
 

            Plusieurs courriers de Jean attestent que Marius Rivals était marié. Et en particulier la lettre du 27 juillet 1917, qui donne des indications précieuses, mais malheureusement insuffisantes pour identifier précisément sa femme « Figure-toi que le capitaine Rivals, mon chef de bataillon, avec qui je prends tous mes repas, est le neveu authentique de Jean et Henri Monnier, il a épousé la fille d’une de leurs sœurs. Ça m’a amusé de nous trouver ainsi en pays de connaissance ».
            On trouve en ligne sur le site de la Société genevoise de généalogie trois sœurs de Jean et Henri Monnier[1]. D’autres recherches croisant les patronymes de leurs maris (et donc de leur filles éventuelles) avec Rivals, ne donnent rien. Les Monnier peuvent avoir eu d’autres sœurs, ou le couple Rivals, surtout s’il était sans descendance, peut ne pas avoir laissé de traces en ligne. Ils résidaient certainement à Paris ou en région parisienne, puisque d’une part, Jean rencontre le commandant et madame Rivals à la gare le 11 février 1917 à l’issue d’une permission d’un jour ; et d’autre part, il mentionne qu’elle visite régulièrement Combemale, qui était hospitalisé à Paris.
            Marius Rivals, Saint-Cyrien, avait été officier d’active. Il était arrivé au 132ème R.I. le 15 juillet 1916, et avait le 2 août été promu chef de bataillon. Jean l’a côtoyé de près jusqu’à sa mort le 16 avril.
          La légende "Les tombes des Cdt Rivals et Cne Candillon", écrite de la main de Jean au verso de la photo ci-dessus, qui fait partie des archives personnelles de Jean Médard, peut être trompeuse. La tombe de gauche est bien celle du capitaine Candillon, mais à droite, il s'agit de celle du lieutenant Gonin. Il faut préciser que sur le tirage papier en ma possession, très pâli par l’âge, les inscriptions sont quasiment invisibles à l’œil nu, seul le traitement numérique permet d’en améliorer la lisibilité.

           Par contre, la photo ci-dessous, publiée dans Pages 14-18, malheureusement sans sa source, est d’une bien meilleure qualité. On distingue nettement les inscriptions des tombes du premier plan, celles de René Candillon et de Claude Gonin. Et pour peu que l’on sache à l’avance son grade et son nom, on peut deviner que la tombe du commandant Rivals est au fond à gauche. 
 
HF (31/01/2017)
 
Source pour les informations militaires : archives départementales de l’Ardèche, fiche matricule de Marius Rivals.
 



[1] - Marguerite Monnier (1857-1936) épouse en 1881 Henri Kuntzel (1851-?)
- Sophie Monnier (1859-1922) épouse en 1879 Henri Chapon (1855-?)
- Madeleine Monnier (1862-1935) épouse en 1885 Jean Risler (1856-?)