A propos des "Pièces jointes"

Ces "Pièces jointes" sont un complément au blog 1914-1918 : une correspondance de guerre où sont publiées les lettres échangées pendant la Première guerre mondiale entre Jean Médard et les siens, en particulier avec sa mère, Mathilde. (Pour toutes les informations sur Jean Médard, se reporter au blog de base).
On trouvera ici un article sur tous les amis ou camarades morts dont Jean évoque le souvenir. Pour chacun :
- sa fiche de "Mort pour la France" avec sa transcription (en bleu) ; toutes ces fiches proviennent du site Mémoire des hommes ;
- tous les textes de la correspondance et des mémoires de Jean Médard le concernant (en italiques) ;
- dans la mesure du possible, une notice biographique (dans un encadré).
Merci d'avance à tous ceux qui pourraient me communiquer des informations me permettant d'étoffer certains articles. (Mon adresse est dans le blog de base, sous l'onglet A propos du blog.)
Les articles sont publiés dans l'ordre des décès, les morts les plus anciens se trouvent donc en bas de la liste. Pour faciliter d'éventuelles recherches, vous trouverez sous la rubrique "INDEX" une liste alphabétique, avec un lien vers chaque article.

NB - Cette liste des "Morts pour la France" évoqués par Jean Médard est en cours de constitution. N'y figurent pour le moment que ceux morts avant 1918 (ou dont le nom n'est mentionné qu'avant 1918 dans les textes de Jean). Les notices consacrées aux morts de 1917 sont en cours de mise en ligne.

samedi 27 juin 2015

Jean Anatole Raoul LAURENT (1864-1916)


LAURENT
Jean Anatol [sic] Raoul
Commandant
132ème  R.I.
Classe : 1884
Recrutement : Troyes
Mort pour la France le 12 mars 1916
à Mourmelon le Grand (Marne)
Tué à l’ennemi
Né le 31 décembre 1864 aux Riceys (Aube)

 

            Cette dernière période de tranchée a été aussi calme, aussi paisible que l’autre, avec notre insouciance de jeunes ns ne pensions même plus à la guerre parfois. Nous avons travaillé à rendre nos abris plus confortables et plus solides.
            A la relève pourtant la réalité s’est brutalement imposée à nous, un obus est tombé sur le parapet du boyau de communication quand nous rentrions au cantonnement, il a blessé deux hommes, et l’un deux est presque mort ds mes bras. J’en suis encore bouleversé. (Je te donne ce détail par sincérité, pour ne rien te cacher. Crois bien malgré ça que notre secteur est exceptionnellement calme. C’est un accident : le premier décès à la compagnie depuis Septembre).
Source : JMO du 132ème R.I. - 12 mars 1916
 
            Un beau soleil, on cause, on rit, et soudain, avant même qu’on ait le temps de penser au sifflement, une explosion, une seconde d’affolement, une fumée âcre et noire qui monte, un corps ds une flaque de sang, et des gémissements. Je suis encore poursuivi par ces gémissements, et ces grands yeux bleus, déjà sans conscience, cette figure au teint blafard qui ne trompe pas. Le retour a été lamentable le long des boyaux des boyaux interminables que le dégel avait transformés en cloaques. Je marchais là tête baissée, moins ému d’avoir été une fois encore frôlé par la mort, qu’indigné, écœuré par la guerre. Quelle amertume ! La misère humaine s’étale là ds toute sa grandeur. Le mal moral, la souffrance, la mort.
            J’ai été apaisé par les paroles du sermon du la montagne : « Heureux les pacifiques, … heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés ». Dans un moment comme celui-là, l’Evangile prend son sens plein, dit le mot décisif, celui qui console.
            Pardonne-moi de te raconter tout ça, et surtout ne l’inquiète pas davantage. Je te répète que ce 88 sur le parapet de notre boyau de relève est un accident. La guerre est la guerre ; mais je te répète que même à la tranchée nous sommes vraiment peu exposés. Ici naturellement nous ne le sommes pas du tout.
            Nous sommes arrivés vannés. Les boyaux étaient en très mauvais état à cause du dégel. […]

(Jean à sa mère – 12 mars 1916)


           L'homme mort dans les bras de Jean peut avoir été le commandant Laurent, comme il peut avoir été le soldat tué au même moment par ce même obus.
          Jean ne témoigne que d'un seul mort, anonyme aux yeux bleus. Le JMO mentionne deux tués, ne citant que le nom de l'officier. Que ce billet rende hommage aux deux.
HF (3/10/2016)